J’ai 35 ans. Je suis un flic. Un beau mec. Une tête brulée. Mon partenaire et moi, nous sommes occupés à saboter la transaction de cocaïne d’un homme d’affaires illégales. Ce dernier est vraiment très riche. Il a du personnel, une très belle femme, un gosse, la belle maison qui va avec. Mais aujourd’hui, je lui plante son affaire. Ca se passe dans un désert. Tous ces malhonnêtes s’activent dans des gestes qui montrent que s’ils doivent être rapides, ils sont en parfaite confiance. C’est tellement établi que personne, ni flic ni voyou, n’osera venir leur chercher des noises que pas un seul d’entre eux ne pense à assurer ses arrières. Et voilà, mon partenaire et moi sommes comme un joueur de basket en planque qui serait tellement petit que pas un joueur ne s’attarde à le marquer. Et c’est comme ça que nous prenons la balle au bond : j’ai seulement besoin d’un mortier de feu d’artifice pour atomiser ces trouducs et leur commerce. Je vise la cargaison, la fusée part en diagonale, tel un fou à l’assaut d’un roi à découvert. L’homme d’affaire et sa petite famille assistent en toute décontraction aux opérations, comme s’il s’agissait d’un pique-nique. Au moment où j’appuie sur le bouton, je me rends compte que la rencontre entre la cocaïne et l’engin incendiaire va napalmer tout alentours. Trop tard, je gueule, mais trop tard, vraiment. Un champignon nucléaire stérilise tout et tout le monde : les truands, la jolie femme, la marchandise. Sauf l’homme d’affaire, qui s’en sort sans une égratignure, et le gamin, 3 ans, complètement cramé ou presque. En une seconde l’homme d’affaire sait que sa vie a changé. Pas la peine de chercher à se venger. Pas la peine de faire autre chose que d’offrir la meilleure vie possible à ce gamin. Du pognon, il en a plein. Alors, il construit un nouveau monde. Un monde tout entier, avec une atmosphère, des hommes, des femmes, des enfants, des profs, des travailleurs, des aires de jeux, une école, une maison, la femme qu’il vient de perdre, des miroirs qui reflètent un physique intact. Toute une réalité virtuelle, dans laquelle son fils croira que tout est pareil qu’avant l’explosion. L’homme d’affaire fait de son mieux. C’est lui qui s’occupe de l’éducation de son fils. Il fait le va et vient entre la vraie vie et cette réalité en toc, créée pour que son fils vive. Et le fils est brillant. Très brillant. C’est un génie des mathématiques. Comment se fait il qu’il ne prenne pas conscience de la supercherie ? Mais ce sont des années qui sont passées désormais. L’homme d’affaire approche des 80 ans à présent. Oh, c’est pas maintenant qu’il va caner, mais il n’en n’a pas pour 20 ans non plus. Et ensuite ? Il y a encore du blé pour alimenter les machines. Mais qui va le faire ? L’homme d’affaire pousse la porte du monde virtuel. Il est tellement fatigué. Il passera la nuit ici. Son pantalon est sale. L’intelligence artificielle qui anime sa femme virtuelle est tellement naturelle qu’elle lui propose de s’occuper de son linge. Il le sait bien lui que tout est faux. Qu’elle ne lui rendra pas un pantalon repassé mais une image. Mais il est tellement fatigué. Et si lui aussi adoptait la vie rêvée ? Alors il accepte. Il a basculé. Il vivra le reste de sa vie en toc.
Là je me réveille en panique. Quel affreux cauchemar. Rêve d’alerte. Je suis une activiste anti nucléaire. J’appartiens à un groupe qui a pris l’initiative de mesurer la radioactivité après un essai nucléaire. Je me rends compte que je n’ai pas calculé après combien de temps après l’explosions nous pourrions nous pourrions opérer sans bruler. Je file vérifier tout ça. J’en informe mon groupe. Nous restons dans l’abri anti atomique 3 jours puis nous effectuons nos relevés. Mon équipe et moi sommes soulagés de nos mesures. Tout va bien.
Là je me réveille. Pourquoi tous ces rêves ? Laisse tomber Denise.


