SABOTAGE ONIRIQUE DE L’AMOUR : UN PROGRES

Je suis amoureuse. Ca me fait lever le matin avec entrain, ca me donne envie d’écrire, de cuisiner, de faire les courses et le ménage, de faire du sport, d’être belle, de devenir intelligente, de partir en randonnée avec lui sur plusieurs jours. Je suis amoureuse. Ca me fait mal, ça paralyse mon action, ça tue ma spontanéité, ça me donne envie de prouver que je suis grosse laide et bête et molle, de me vautrer sur le canapé avec un paquet de cacahuètes et un jogging trop grand.

C’est difficile à suivre. Alors je vis à mi-chemin. Je prends des amants très beaux gosses qui me trouvent baisable et intelligente et qui ne m’aiment pas. Je grossis sur mon canapé avec des chips et du champagne et puis je vais vomir. Je regarde des émissions scientifiques pointues et les shorts youtube de Bardella. Je meurs à mi-chemin. Je meurs. On me sauve. Je renais. Je tombe. Amoureuse. Je refuse de me l’avouer. Je badine avec l’amour. Et puis je me rends à l’amour. Je sabote ? Non pas cette fois. Mais il faut bien saboter. Alors :

Moi en amour, épisode quarante et onze

Je suis avec lui, David, mon amour, dans son appartement. Il est maussade, je me demande si c’est ma compagnie qui le rend gris. Sa maison, dont je ne saurais dire si c’est une maison ou un appartement, est en bordure d’un très grand parc. Nous entendons des bruits, c’est un mariage arabe, avec des youyous et de la musique. Et surtout des éclats de voix qui semblent chargés d’agressivité pour des oreilles occidentales, mais qui ne sont que l’expression surjouée d’une joie à la méditerranéenne. Mais soudain, nous percevons un son de panique. Un homme est pris à partie par la foule maghrébine, c’est le maire de la commune. Le mariage est gâché : un des fours mal entretenu a cramé la nourriture et répandu une odeur infecte. Cela mérite plainte et réparation. Un homme tape à la porte de David pour le mettre devant ses responsabilités : il est le patron de l’entreprise chargée de l’entretien du matériel et du ménage des salles de fête. C’est une découverte pour moi. David, sans entrain, m’explique que c’est une entreprise qui se gère automatiquement, il a recruté des bougres en qui il a confiance et qui sont payés par virement automatique depuis des années sans aucune autre intervention de sa part. Je dois le forcer à préparer sa défense, à retrouver ses contrats, ses obligations, il s’execute avec mollesse. Les mariés lui ont envoyé deux jeunes avocats. Ils sont belliqueux. Leur bouche a 32 canines qui rayent le parquet. Je les appelle à plus de gentillesse s’ils veulent que l’affaire roule vite et bien. David me demande de me calmer et mes nerfs en sont contrariés. Sans doute à cause de cette affaire mais je n’en suis pas sûre, David doit s’absenter une semaine. C’est alors que je prends mon portable. J’envoie un message texte à Obélix, le gros Gaulois imaginé par Goscinny et Uderzo. Oui, je le rejoins dès que je peux, il me tarde de me blottir dans ses bras. Il est vraiment trop gros et je lui ai déjà demandé de maigrir mais il ne veut pas. Pas grave. J’aime sa gentille puissance. J’aime sa gentille façon de toujours me trouver belle. J’aime sa gentille façon d’être avec moi : assuré, rieur, protecteur. Je prends un crayon et lui fait un dessin, ce serait puéril pour n’importe qui, mais pour un personnage de bédé, c’est comme une photo, mais dont je maîtriserais le moindre pixel, la moindre ombre, la moindre lumière. Je lui dessine toute mon intention rien n’est laissé au hasard. A ce moment, je me rends compte que je n’ai pas tenu ma promesse à David. Je m’en ouvre à lui, et lui présente mes excuses. Ce n’était pas volontaire cette tromperie, c’était un oubli. Je ne retrouverai plus Obélix, car c’est bien lui, David, que j’aime. David, qui a le visage masqué par une frange trop longue et des favoris trop fournis, me livre une analyse de mon comportement, et veut s’assurer de quelque chose mais je ne sais pas de quoi, puisque je me réveille.

Moi en amour, le retour de l’épisode trente-douze

Je suis dans une des salles de classe du collège Romain Roland d’Ivry sur Seine. Les tables y sont au minimum rayées, normalement gravées, et au pire trouées. Sauf à vouloir appliquer la technique du frottage à toutes les invitations à enculer untel ou unetelle, impossible de s’y installer sans sous-main. Le prof dispense une matière inconnue, entre les mathématiques littéraires et les sciences humaines chimiques. Je n’y comprends rien et c’est angoissant puisque auront bientôt lieu les épreuves du bac. Nous faisons un exercice dont la solution réside dans l’application d’un théorème d’algèbre à une structure grammaticale d’une phrase tirée d’un roman français. C’est très limpide. Mais arriverai-je faire pareil pour le vrai bac ? A la fin du cour, je chemine vers chez moi avec une camarade vraiment très jeune et jolie, et apprêtée comme une bimbo qui se respecte. Petite, brune, une masse de cheveux noirs retenue en demi-queue de cheval lui tombe sur les épaules, des boucles par milliers perdent le regard de plein d’admirateurs. David est derrière nous, il a beau être mon amour rien qu’à moi, je garde secrète notre relation, histoire qu’elle ne devienne pas un accablement pour lui. Bimbo me dit « il ne sortirait pas avec quelqu’un d’autre que moi mon David ?  » Je suis très surprise et m’en ouvre à David, qui me dit  » Bah elle va pas me gonfler celle là, elle exagère ! On s’était dit qu’on était ensemble mais qu’on était libre d’aller voir ailleurs ». Je suis donc cet ailleurs, et j’en éprouve beaucoup de chagrin. Mais j’accepte. Je suis projetée dans une salle de classe de science, je ne comprends rien mais nous devons faire un voyage scolaire. David et moi faisons partie d’un groupe qui voyage en métro. Certains d’entre nous font partie d’une chorale et entonnent un air, que des gitans très bruyants et très gais achèvent de massacrer. Nos oreilles nous disent que c’est bien atroce tout ça, mais nos bouches disent que c’est merveilleux. Nous arrivons dans un hôtel fort pourvu en couloirs, équipé en une unique salle de douches collectives , et avec des portes de chambres mais pas de chambres derrière. Voici mon David tout beau tout nu pour aller se rafraîchir après le voyage. Je veux le cacher à la vue de tous les autres, par jalousie, mais lui semble tellement ravi de montrer ce corp qui séduit tant de monde. Il plaît beaucoup. A ce moment, ce n’est pas qu’il m’échappe. Il ne m’accorde aucune importance, même pas celle de la distraction. Si j’étais une pièce d’échec, il prendrait garde à mes déplacements. Si j’étais un livre, il me parcourrait. Si j’existais, il me verrait. Pour l’heure, je suis un kleenex. Je me demande à quel moment je finirai dans la poubelle.

Retour en haut